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Mulan, la pivoine de Chine

Mu Dan (se prononce Mulan) est le nom chinois donné à la pivoine arbustive rouge que l’on peut voir représentée sur le tissus, les objets, les peintures chinoises en grand nombre. Cette fleur a une symbolique très forte en Chine que l’on rapporte sous forme d’un conte. (D’où le titre du film animé de Walt Disney…)

Mu Dan se dit Botan au Japon, Moutan dans plusieurs pays d’Europe.
« Dan » ou « Tan » veut dire cinabre, la poudre rouge de sulfure de mercure utilisée dans la pharmacopée chinoise et l’encre grasse pour les sceaux.

La pivoine a pris son essor dans la culture chinoise avec la dynastie Tang entre le VIIe et le Xe siècle ap. J.C. C’était une période d’âge d’or pour la Chine grandissante à tous niveaux.

Le conte retranscrit ci-après parmi les multiples versions que j’ai trouvé, nous explique comment la pivoine représente la bravoure, le courage, la résistance, la volonté.
Dans les décors, la pivoine est comme un talisman protégeant la prospérité, la richesse, le succès.
C’est une fleur plutôt représentative des sphères mondaines et impériale ; à la différence du lotus utilisé pour les temples.

Bannière menu page d'accueil Véronique Villemagne. Le Kado, La Voie des fleurs.

Mulan ou Mu Dan
un symbole venu de Chine

On raconte que dans les temps très anciens les empereurs et les impératrices étaient des fils et filles du Ciel envoyés sur Terre afin de veiller sur l’équilibre du yin et du yang et régner sur l’harmonie en toute chose. 
On dit encore qu’ils pouvaient commander leurs sœurs et frères, les dieux et déesses de la nature et des éléments. 
Cependant tous obéissaient aux desseins de leur Père, l’Empereur de Jade, et son Plan Céleste pour étendre la compréhension du Taō.

Un jour d’hiver, l’impératrice Wu Zetian, de la dynastie Tang, prenait le thé dans le pavillon dédié à cette pratique au milieu du jardin impérial. 
Le soleil avait pris le pas sur les brumes du matin et l’air devenait léger et brillant.
L’impératrice remarqua immédiatement qu’un parfum suave embaumait partout autour d’elle, pénétrant jusque dans son thé qui prit un goût délicieux. 
Très sensible, elle ressentit en elle les effets apaisants et bénéfiques sur la santé que pouvaient procurer cette association de plantes. 

Elle chercha et découvrit qu’il s’agissait de la fragrance d’un jasmin. 
Abrité sous l’auvent, la jeune liane aux fleurs en trompettes annonçait à sa façon, le retour prochain de la belle saison. 
La reine s’avança et s’inclina vers les petites étoiles parfumées pour les remercier de cette révélation exquise. Elle en récolta quelques-unes et créa le bien connu thé au jasmin. 

L’impératrice, enthousiasmée par cette découverte, fût soudain déçue que d’autres fleurs ne soient pas épanouies dans le jardin ; elle aurait bien tenté d’autres mariages gustatifs et médicinaux. 
Elle décida alors de composer un poème à l’attention de sa grande sœur Xiwangmu,déesse mère de l’ouest, de l’immortalité et des fleurs. 
Elle accompagna la délicate calligraphie de sa requête : « Demain l’empereur et moi viendrons dans le jardin impérial pour créer de nouveaux thés miraculeux, pour cela je te demande de faire fleurir toutes les fleurs en même temps, sans attendre le Printemps. ».

La déesse des fleurs aima la poésie et fût très touchée par la raison pour laquelle la souveraine lui avait fait parvenir cette prière. 

Durant la nuit, Xiwangmu alla quérir auprès de Chang’e, déesse de la Lune, de la rosée magique qu’elle déposa sur chaque plante du palais. 
Au matin toutes les fleurs avaient éclos… … Sauf une… Mu Dan. 
Mu Dan, la pivoine rouge, avait refusé de fleurir hors saison.

La pivoine n’est pas la plus parfumée des fleurs, mais sa beauté inspirante recèle des vertus thérapeutiques que Wu Zetian connaissait et avait l’intention d’utiliser pour créer un thé de longue vie pour son mari bien-aimé. 

Furieuse de la désobéissance de Mu Dan, la reine la fit déterrer sur l’heure, ainsi que ses cousines, et les bannit loin du royaume, dans la province de Henan.

Ces terres se situe dans le centre ouest de la Chine. Là où le fleuve Jaune coule dans des plaines sablonneuses et où le monastère de Shaolin est perché sur le mont Song.

Lorsque le début de l’été arriva, l’impératrice reçu un message des habitants du Henan la louant pour le cadeau des plants de pivoines qui aiguayaient leurs terres et leurs chemins si difficiles à embellir. L’émissaire rapporta que là-bas, les pivoines refoulées avaient fleuri de façon spectaculaire ; prenant des couleurs et des formes nouvelles jamais vues.

L’impératrice fulmina de colère. De son trône, elle commanda à Chi Po, le dieu du vent de lever une tempête de sable afin de briser les tiges et d’effeuiller les pétales.
Ordonna à Ch’ih Sung-tzu, dieu des pluies de faire déborder le fleuve pour inonder les pieds. 
Puis à Huo Pu, dieu du feu solaire de sécher les racines tout l’été. 
Enfin, les paysans furent contraints d’incendier les champs à l’automne. 

Au printemps suivant, au grand étonnement de tous, les pivoines reprirent vie et développèrent leurs feuilles presque comme si de rien n’était. 
Au mois de mai, elles refleurirent plus généreusement encore !!
Cependant cette année-là, leurs corolles de pétales, grosses comme des bols à offrandes 
de riz, se teintèrent d’un noir profond comme la laque. 

L’impératrice Wu Zetian, informée, comprit alors toute la grâce de la leçon que son père l’empereur de Jade lui transmettait sur la Voie du Taō.
Elle se rendit à Luoyang, la capitale de la province, et fit de Mu Dan l’emblème du Henan.

C’est ainsi que depuis le VIIIe siècle, la pivoine est un symbole, autant masculin que féminin, de bravoure, d’honneur, de résilience, de dignité et d’élégance en toute circonstance. 

Ce conte nous apprend également que les Chinois savent de longue date comment faire fleurir des fleurs hors saison mais que certaines ne se laisseront jamais dompter par l’homme afin qu’il continue de recevoir les enseignements du Kadō et du Taō par l’observation de l’harmonie de la nature.